- 2025
- 05
- Dec
Résistance aux antibiotiques au Togo : une progression alarmante révélée par l’Institut National d’Hygiène
La résistance aux
antibiotiques constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pour la santé
mondiale. Elle constitue une « pandémie silencieuse ». L’Organisation
mondiale de la santé (OMS) la classe parmi les dix risques majeurs pour la
santé publique, soulignant l’urgence d’une surveillance renforcée, en
particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire. C’est dans ce
contexte que l’Institut National d’Hygiène (INH) du Togo a publié un projet de
rapport montrant l’évolution des profils de résistance aux antibiotiques de
quelques bactéries sur une période de quinze ans (2010–2025). Les données révèlent
une situation préoccupante : plusieurs bactéries d’intérêt clinique présentent
des niveaux croissants de multirésistance, compromettant l’efficacité des
traitements usuels de première intention.
Les analyses effectuées à
l’INH montrent que le Togo n’échappe pas à la tendance mondiale de résistance
aux antimicrobiens (RAM). L’évolution des résistances s’apparente à une marée
montante, gagnant du terrain année après année et submergeant progressivement
les antibiotiques de première intention.
Entérobactéries multirésistantes
Les bactéries de la famille
des Enterobacteriaceae représentent la majorité des bactéries isolées des
échantillons biologiques à l’INH. Leur multirésistance aux antibiotiques a
connu une croissance notable au fil des années. Selon les données, entre
2010–2019, des 6980 souches bactériennes analysées, 34,77 % étaient
multirésistantes. Une tendance annuelle à la hausse, marquée par une
progression des résistances aux céphalosporines de 3ᵉ génération, quinolones et
fluoroquinolones et à d’autres familles d’antibiotiques testés, a été observée.
Les souches d’Entérobactéries
les plus concernées étaient entre autres, Escherichia coli avec 62,3 %, Klebsiella
spp. : 26,1 % suivis d’Enterobacter spp. : 4,7 %.
Focus Klebsiella spp.
(2020–2025)
Les données récentes
montrent une aggravation marquée des profils de résistance aux antibiotiques de
Klebsiella pneumoniae avec 51,54 % multirésistantes, Klebsiella
oxytoca avec 41,18 % multirésistantes. Les résistances observées sont de 60,4
% à amoxicilline–acide clavulanique, 53,4 % résistantes à la ceftriaxone, 62,9
% résistantes à la ciprofloxacine.
Ces tendances menacent
l’efficacité thérapeutique des infections urinaires, des septicémies ou des infections
nosocomiales pour ne citer que celles-ci.
Neisseria
gonorrhoeae
Parmi les résultats les
plus alarmants figurent les résistances observées chez les souches de Neisseria
gonorrhoeae, responsables de la gonorrhée. Selon les rapports de l’INH, les
données majeures de 2010 à 2022 indiquent plus de 400 souches de Neisseria
gonorrhoeae analysées. Les taux de résistance aux quinolones, de zéro (0 %)
en 2010 sont passés à 100 % entre 2020 et 2022. Globalement, des taux de
résistance extraordinaires ont été observés avec 96,9 % des souches de Neisseria
gonorrhoeae résistantes à l’acide nalidixique, 96,1 % à l’ofloxacine et 96,2
% à la ciprofloxacine, normalement médicament de première intention dans la
prise en charge de certaines infections sexuellement transmissibles.
Ces niveaux de résistance rendent
la ciprofloxacine totalement inefficace dans le traitement des gonorrhées au
Togo. Cela menace les stratégies thérapeutiques existantes et complique le
contrôle des infections sexuellement transmissibles.
Pseudomonas
aeruginosa : augmentation notable de la
multirésistance (2018–2022)
Pathogène nosocomial
majeur, Pseudomonas aeruginosa présente une inquiétante évolution de la
résistance aux antibiotiques. Selon le rapport, les données montrent que sur
208 souches, cette bactérie présente une résistance de 18,75 % à 62,50 % à l’Amikacine,
de 18,64 % à 30,51 % à la Ciprofloxacine, de 19,61 % à 39,22 % au Ceftazidime
et de 5,58 % à 22,22 % à l’Imipenème.
Cette montée des
résistances menace la prise en charge des infections hospitalières, notamment
chez les patients fragiles.
Staphylococcus
aureus : progression des souches résistantes à la
méticilline (SARM)
Le rapport de l’INH signale
une augmentation des SARM, une problématique déjà bien établie mondialement,
renforçant le risque de complications graves dans les infections cutanées,
pulmonaires ou sanguines. Le taux de SARM a varié de 10 % en 2011 à 37% en
2017. De 2020 à 2024, sur 435 souches de Staphylococcus aureus, près de
51% étaient résistantes à la Méticilline.
Pourquoi cette situation
est-elle inquiétante ?
La progression rapide de la RAM au Togo complique le traitement des infections courantes, augmente les coûts de prise en charge, prolonge les hospitalisations. Elle accroît le risque de décès et menace les acquis en santé publique, en particulier dans les services de maternité, de chirurgie et de réanimation.
Vers une réponse nationale
renforcée : le rôle du Plan d’action mondial
La lutte contre la RAM
s’appuie sur le Plan d’action mondial adopté en 2015 par les organisations
quadripartites (OMS, OMSA (ex-OIE), FAO et PNUE). Ce plan repose sur cinq
piliers, dont le renforcement des connaissances, la réduction des infections, l’usage
rationnel des antimicrobiens en santé humaine et animale, la surveillance
accrue, le développement de partenariats multisectoriels.
Le rapport de l’INH appelle
le Togo à renforcer sa surveillance, actualiser ses protocoles thérapeutiques
et promouvoir des actions concertées incluant laboratoires, hôpitaux,
pharmacies, vétérinaires et communautés.
